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Mercredi 30 juillet 2008 3 30 07 2008 11:55

La rébellion touareg au nord du Mali, annoncée depuis le lendemain de l’indépendance du pays, 1963, a connu des moments d’accalmie et de rebondissement avec les différents régimes qui se sont succédés au pouvoir jusqu’à nos jours. Toutes les solutions expérimentées se sont jusque là révélées inefficaces. Alors, il convient d’analyser cette situation permanente de ni guerre, ni paix au nord du Mali. Doit-on parler d’irrédentisme touareg  qu’un haut responsable de l’exécutif malien (le Premier Ministre Ousmane Issoufi Maïga lors d’une de ses déclarations sur les accords d’Alger) refuse déjà de croire à de simples querelles de vices ou d’une responsabilité de l’Etat qui manque de stratégie pour une solution durable ?

Quelques causeries anonymes avec des autochtones (touareg et sonraï) et des représentants de l’Etat à Tombouctou, Ménaka et Kidal ont permis l’analyse suivante :

 

1- De l’organisation de la société touareg :

 

La société est très hiérarchisée. Les campements sont regroupés en fractions et les fractions en tribus. La tribu qui commande est dirigée par une couche aristocratique, une autorité traditionnelle à la quelle doit faire allégeances d’autres tribus et fractions.

L’avènement de la démocratie n’a visiblement rien changé à cette organisation. La liberté démocratique que doit avoir tout citoyen de briguer les postes électifs et de voter le candidat de son choix sans influence autoritaire quelconque est encore une illusion dans certains cercles des régions de Gao et Kidal (exemple : Ménaka, Kidal, Tinessako, Abéibara).

Les postes électifs et les structures de l’administration sont souvent le privilège des tenants du pouvoir traditionnel. Les députés des cercles de Kidal et Tinessako, le maire de Kidal sont des enfants du chef traditionnel Intalla Ag Atayer. Le président de l’Assemblée Régionale de Kidal est également un de ses neveux. De même, les députés et le maire de Ménaka sont des descendants directs (petits enfants) du chef historique de la résistance touareg (Firoun) à l’occupation coloniale.

Dans certains cas on n’ose même pas faire une candidature rivale à celle d’un membre de la chefferie traditionnelle. Ainsi, l’on comprend pourquoi le parti ADEMA a eu un député aux élections législatives de 2007 à Tinessako avant le vote.

Jouissant de ce concert de privilèges aristocratiques, le pouvoir traditionnel fait des asservis qui n’ont pour seule façon de s’affirmer que par la voie des urnes.

C’est pourquoi avant le 23 mai 2006 (jour de l’attaque) pendant que la chefferie traditionnelle rassurait le pouvoir, des neveux de Intalla (Iad Ag Ali, Hassan Fagaga) étaient dans la logique insurrectionnelle.

 

2- L’Etat en cause :

 

Si la solution militaire utilisée par le régime socialiste et le régime militaire a eu ses limites, la diplomatie de Alpha Oumar Konaré (pacte national, flamme de la paix) et celle de Amadou Toumani Touré (accordS d’Alger) ont toujours été un échec cuisant. L’Etat affiche de nos jours un laxisme patent face à la rébellion qui se résume à l’adoption des stratégies suivantes :

 

. La stratégie de contrôle en partenariat avec le pouvoir traditionnel

Pour pouvoir mieux contrôler la situation au nord du Mali, la stratégie à viser depuis le régime de Alpha Oumar Konaré a renforcé le pouvoir traditionnel qui a ses entrées à Koulouba et qui a toutes les faveurs pour rester maître au mépris de l’équité et de la démocratie. A Kidal, tout passe par la chefferie ce qui semble faire des oubliés qui se sentent victimes d’un complot Etat-chefferie traditionnelle. « Nous sommes asservis ici par des conservateurs avec la complicité de l’Etat », a-t-on entendu d’un touareg autochtone de Kidal.

Nombreux sont ceux qui souffrent de cet asservissement et qui constituent une ‘’bombe à retardement’’. 

 

. La stratégie de ‘’faire taire’’

Elle consiste pour l’Etat à faire intégrer des ex-rebelles dans l’armée régulière et dans d’autres structures de l’administration en leur accordant des avantages indus.

Attribuer des marchés publics à des opérateurs locaux sans tenir compte de leurs compétences.

La stratégie de ‘’faire taire’’ a montré ses limites car elle n’a fait qu’encourager l’insurrection qui devient un fonds de commerce, la seule voie permettant de se rendre important, incontournable, bref s’enrichir vite. Un autochtone de Kidal affirme : «  le laxisme de l’Eta fait que des gens ont compris ici, qu’il suffit de tirer deux coups de feu en l’air pour avoir sa part »

 

 

 

 

 

. L’impunité et le laisser passer

A Kidal, ceux qui payent les taxes et qui se soumettent aux décisions de l’administration locale sont sans doute les couches allochtones, à en croire certains de nos interlocuteurs. Quant aux touaregs, a-t-on laissé entendre, ils font la contrebande aux représentants locaux de l’Etat en toute impunité.

« Il suffit même de mettre en garde à vue un touareg en faute à Kidal, pour qu’on te demande vite de le libérer. Aussi, tu peux faire une semaine à Kidal sans voir un seul véhicule avec immatriculation ‘’M8’’, tout est algérien. Si tu le prends, un chef hiérarchique t’appelle pour te dire de le laisser et tu peux même avoir des problèmes. »

En sommes, ceux qui chantent le sous développement de Kidal et qui en font un prétexte d’insurrection sont loin d’être pauvres. Ils détiennent les plus belles maisons, les meilleures véhicules et disposent du plus grand cheptel.

C’est ce laxisme de l’Etat qui les rend riches au détriment de la masse laborieuse. « Pour se rendre compte de la faiblesse de l’Etat malien, il faut se rendre à Kidal. Si les gens du sud se rendent compte de ce qui se passe à Kidal, il y aura une rébellion au sud », fait croire un jeune de Bamako présent à Kidal, il y a seulement deux mois.

 

Conclusion :

 

Au total, on peut dire que la rébellion touareg au nord du Mali doit sa persistance à différents facteurs. Elle a toujours été entretenue par l’Etat. Aujourd’hui, elle profite à un groupe qui s’embourgeoise sur les fonds destinés aux besoins de la cause. « La rébellion au nord ne peut finir, elle part de Bamako et certains ont intérêt que ça continue » a-t-on recueilli auprès du directeur régional d’un service technique de l’Etat présent à Kidal depuis cinq ans.

L’on comprend ces propos si l’on se réfère à la commission de suivi des accords d’Alger qu’engendre de nos jours une bourgeoisie militaro-bureaucratique. Au lieu de résoudre efficacement la crise qui est toujours rebondissante, l’Etat entretient le parasitisme et le gaspillage des fonds devant servir à amorcer le développement.             

 

       

   

        

Par Siaka Z. TRAORE
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